27.08.2006
RPWL - "Stock" (2003/Allemagne) [43:45]
Présenté comme le troisième opus du groupe allemand, "Stock" n'est pourtant pas un véritable album studio. RPWL nous gratifie en réalité d'une collection de titres inédits, de faces B et autres reprises. Mais il faut bien l'avouer, l'illusion est ici parfaite : entièrement retravaillés et réenregistrés pour l'occasion, les différents morceaux s'enchaînent avec une fluidité exemplaire. Ajoutez à cela une production irréprochable et des arrangements d'une grande finesse, et vous aurez compris qu'à aucun moment l'auditeur n'a l'impression d'écouter des chutes de studio. Cette appréhension rapidement levée, se pose le second problème récurrent avec ce genre d'initiative, à savoir l'intérêt des compositions proposées, souvent moindre.
Malheureusement, force est de constater que l'écueil n'est qu'en partie évité. D'un point de vue qualitatif, le contenu de "Stock" se révèle en effet assez hétérogène, l'excellent cotoyant le dispensable. La première moitié de l'album, sur laquelle on retrouve le progressif typiquement floydien qui a fait la réputation du combo, s'avère d'un très haut niveau. "Opel", le titre d'ouverture, est d'ailleurs une superbe reprise de Syd Barrett, légendaire membre fondateur de PINK FLOYD. Nappes de claviers et guitare lyrique sont donc plus que jamais au rendez-vous, les allemands ne faisant de toute façon pas mystère de leur principale source d'inspiration. Sublimé par le chant très gilmourien de Yogi Lang, "The Way It Is" est une vraie perle, et sans doute le meilleur morceau jamais écrit par RPWL. Tout aussi excellent, l'épique "Gentle Art of Swimming" qui lorgne plus vers un progressif expérimentalo-planant à la PORCUPINE TREE. Habilement reliés par de courtes plages atmosphériques, ces 3 titres ne forment en réalité qu'un et seul même tout, pour un début d'album en apothéose.
Car la deuxième moitié de ce "Stock" se révèle bien décevante. La musique de RPWL se fait soudain plus pop-rock, moins ambitieuse. Cette facette, déjà entrevue sur l'album précédent "Trying to Kiss the Sun", reste peu convaincante. Sur "Who Do You Think You Are", le groupe semble singer les BEATLES mais sans arriver à provoquer autre chose que l'ennui. "Sun in the Sky" se distingue surtout par ses chœurs féminins, ratés, et qui viennent plomber un peu plus un morceau à la mélodie assez indigente. Bref, mis à part quelques passages fugaces ici ou là, pas grand chose à retenir de cette seconde partie.
Note : 6/10
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11.08.2006
KRAKATAU - "As..." (2006/Suisse) [62:58]
On connaissait déjà les américains de KRAKATOA, voici à présent KRAKATAU. Derrière le nom de cette petite île indonésienne (les deux orthographes sont admises), rendue célèbre par l'explosion de son volcan au XIXème siècle, sévissent en réalité deux groupes bien distincts. Si les premiers font plutôt dans le rock avant-gardiste, la musique de KRAKATAU s'apparente elle à une sorte de rock progressif instrumental, mâtiné de new-age. Sorti chez Dreaming, le label électronique de Muséa, "As..." est donc le premier album de KRAKATAU, ou plus exactement celui d'Alexandre Borcic puisque le groupe ne compte en fait qu'un seul et unique membre. Composition, production, mixage : le claviériste suisse s'est chargé d'absolument tout, jusqu'à la pochette et au livret du disque. Fruit d'un travail que l'on imagine titanesque, "As..." est sans conteste l'œuvre d'un passionné.
Totalement instrumentale, la musique de KRAKATAU est entièrement conçue à partir de synthétiseurs. Recréant une infinité d'instruments grâce à ses claviers et son ordinateur, notre homme s'attache à exploiter une palette sonore d'une très grande richesse. Mais, et c'est là le revers de la médaille, tous les instruments ne sont pas égaux face à un tel traitement : ce qui passe sans difficulté avec la flûte ou l'orgue sonne très vite factice avec les percussions ou les cuivres. Cette réserve mise à part, et sauf à être complétement allergique aux sonorités électroniques, la qualité du travail réalisé reste remarquable. Au point d'évoquer certaines bandes originales de jeux vidéos ou un compositeur comme BJÖRN LYNNE, lui aussi longtemps adepte du tout synthétique.
Du point de vue de l'inspiration, KRAKATAU emprunte principalement à la musique new-age pour ses morceaux les plus planants (on retrouve d'ailleurs certains bruitages caractéristiques du genre : cri d'oiseaux, pluie qui tombe...). Les titres dynamiques eux se rapprochent plus, tant au niveau des structures que des rythmes employés, d'un rock progressif à la FLOWER KINGS. Ou plus précisement, à la TOMAS BODIN, le claviériste du groupe précité. "As..." s'avère en effet particulièrement proche des travaux en solo du suèdois (on pense surtout à l'album "Pinup Guru"). Outre le goût pour les synthés et la programmation, on retrouve chez KRAKATAU cette même utilisation de sonorités exotiques, donnant parfois l'impression d'écouter une sorte de 'world progressive' (on notera par exemple un réjouissant passage aux steeldrums). Au final, si le suisse semble parfois moins inspiré que le maître scandinave, il n'a pas à rougir de la comparaison.
Un premier album sympathique et prometteur, destiné en priorité aux fans de musique électronique, mais qui devrait également plaire aux amateurs de progressif parmi les plus ouverts d'entre nous.
Note : 6/10
10:50 Publié dans Chroniques de G à M | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.06.2006
JETHRO TULL - "Aqualung" (1971/Angleterre) [42:57]
Classique parmi les classiques, "Aqualung" fait partie des albums qui ont marqué l'histoire du rock progressif, ou plutôt du rock tout court. Car il ne s'agit pas là de l'œuvre la plus progressive qui soit, au sens classique du terme : les titres sont courts, les mélodies accessibles et les structures plutôt simples. On est encore loin de la sophistication et de la complexité d'un "Thick As A Brick" ou d'un "A Passion Play", les deux opus suivants de JETHRO TULL. Pourtant, c'est bien avec cet "Aqualung" que tout a commencé, le groupe anglais y expérimentant pour la première fois le style qui allait faire sa gloire : un savant mélange de folk, de blues et de hard rock.A cheval entre tradition et modernité, "Aqualung" est une œuvre particulièrement contrastée. Tout au long de l'album, la musique balance entre douceur acoustique et énergie rock. On passe ainsi de petites ballades folk, délicates et bucoliques ("Cheap Day Return", "Wondrin' Aloud"), à des titres puissants et inquiétants ("Aqualung", "Locomotive Breath"). En contrepoint aux splendides parties de guitare classique, la guitare électrique de Martin Barre adopte un son particulièrement sombre et lourd, au point de faire penser à du BLACK SABBATH sur l'intro de "My God". La science du riff de ce dernier vaut d'ailleurs à "Aqualung" d'être considéré comme un disque pionnier du 'heavy metal' (IRON MAIDEN signera d'ailleurs une reprise du titre "Cross-Eyed Mary").
Mais parler de JETHRO TULL sans mettre en avant les multiples talents de son leader charismatique et principal compositeur reste impossible. Ian Anderson, c'est d'abord un chanteur fascinant : grandiloquent et halluciné la plupart du temps, sa voix sait aussi se faire incroyablement douce et sensible le moment venu. C'est ensuite un flûtiste à nul autre pareil, le premier à avoir su tirer des notes 'rock' d'un instrument que l'on croyait jusque là réservé au classique ("Up To Me"). C'est enfin un parolier de génie, dont les textes à la fois caustiques et pleins d'humour, ont largement contribué au succès du groupe. Même si, selon son géniteur, "Aqualung" n'est pas un concept-album, Ian Anderson y jette un regard sans concession sur la société anglaise, sa misère ("Aqualung" le clochard, "Cross-Eyed Mary" la prostituée) et sa chape religieuse ("My God", "Wind Up" ou "Hymn 43").
Note : 8/10
16:50 Publié dans Chroniques de G à M | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.06.2006
CAIRO - "Conflict and Dreams" (1998/USA) [64:29]
Bien plus proche du progressif seventies que ses petits camarades de catalogue, CAIRO détone quelque peu au sein de l'écurie Magna Carta. En effet, le label américain est plutôt connu pour héberger une pléiade de groupes de prog-métal à la DREAM THEATER, c'est-à-dire avec beaucoup de métal dedans et juste un peu de progressif. Ici, l'équation est à l'exact opposé. Si CAIRO possède par moments la puissance du hard-prog, l'inspiration renvoit constamment aux plus belles heures du rock progressif. Les harmonies vocales à la YES, le déluge de claviers à la E.L.P. ou les délicieuses sonorités analogiques sont autant de signes qui ne trompent pas.
Développant une musique dense et technique, CAIRO affectionne particulièrement les compositions à rallonge : quatre titres dépassent les 10 mn, deux suites atteignant même le quart d'heure. Ce parti pris laisse au trio californien toute latitude pour se lancer dans de longues cavalcades instrumentales, pleines de fougue et d'exubérance. Les claviers, orgue Hammond en tête, y occupent une place prépondérante, d'où le parallèle avec E.L.P.. Le jeu de Mark Robertson, claviériste et principal compositeur du groupe, rappelle d'ailleurs beaucoup celui de Keith Emerson. Même technique éblouissante, même volubilité, même penchant pour les soli un brin démonstratif : la filiation entre les deux virtuoses apparaît évidente sur un titre comme "Valley of the Shadow". Puissant, complexe mais surtout terriblement mélodique, ce morceau constitue le véritable point d'orgue de l'album. Très bon également, "Western Desert" avec ses faux airs de "Tarkus" des temps modernes.
Autre géant du rock progressif des années 70, YES est la seconde influence majeure de nos américains. A son glorieux aîné, CAIRO emprunte les mélodies lumineuses, les chœurs sophistiqués et les lignes de chant accrocheuses. Le chant de Bret Douglas, justement, tient à la fois de Jon Anderson pour les aigus et d'Andy Kuntz pour certaines intonations (VANDEN PLAS). Efficace mais relativement peu mis en avant par la production, il vient renforcer un peu plus le côté agréablement suranné de la musique. Cependant, CAIRO sait aussi sonner plus moderne, le petit interlude acoustique "Image" évoquant, par exemple, un groupe plus récent comme SHADOW GALLERY.
Si YES ou E.L.P. s'étaient mis au prog-métal sur le tard, le résultat aurait probablement ressemblé à ce "Conflict and Dreams". A la fois rétro et puissant, CAIRO pourrait bien séduire les habituels réfractaires au genre qui ne jurent que par le progressif classique.
Note : 8/10
20:15 Publié dans Chroniques de A à F | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.06.2006
OYSTERBAND - "Deep Dark Ocean" (1997/Royaume-Uni) [42:55]
Depuis plus de vingt ans maintenant, OYSTERBAND est l'une des figures emblématiques de la scène folk-rock d'outre-Manche. Sorti en 1997, "Deep Dark Ocean" est sans doute son meilleur opus à ce jour, en tout cas le plus progressif. Entendons-nous bien, ranger OYSTERBAND sous l'étiquette 'rock progressif' serait un abus de langage. D'abord parce que le groupe privilégie clairement le format chanson (la plupart des titres font entre 3 et 4 mn), ensuite parce que les mélodies, immédiates et accessibles, se rapprochent plutôt de la pop (au sens de musique populaire). Malgré tout, le propos n'est pas dénué de toute ambition. Un instrumental, quelques reprises de thèmes, et surtout comme un souffle épique parcourant l'album : autant d'éléments qui, subrepticement, renvoient à notre genre de prédilection.
Servie par une instrumentation sans faille (violoncelle, mandoline, accordéon, harmonica), la musique oscille entre rock mélodique et thèmes traditionnels du folklore britannique. La présence d'un violon et les racines folk font souvent penser à du KANSAS. D'autres titres évoquent plus le groupe anglais MAGNUM, l'impression étant sans doute due au chant de John Jones, assez semblable à celui de Bob Catley. Mais la clé du succès de OYSTERBAND réside avant tout dans son sens de la mélodie, particulièrement affûté : "Sail On By", "Native Son", "Not Like Jordan" ou "Be My Luck" sont tous de véritables hymnes, imparables et entraînants. Difficile, dans ces conditions, de résister à l'appel du large !
Note : 7/10
11:20 Publié dans Chroniques de N à T | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.05.2006
SAINT JUST - "Saint Just" (1973/Italie) [38:34]
Le nom est français, mais le groupe est italien. Le groupe est italien, mais il ne donne pas dans le progressif symphonique si typiquement latin qui fit la réputation de nombre de ses compatriotes, au début des années 1970. Ajoutez à cela une pochette à l'esthétique troublante et vous aurez conviendrez que SAINT JUST, décidement, a de quoi intriguer. Et effectivement, bien que resté passablement inconnu, ce groupe napolitain ne manque pas de personnalité. Affranchi de toute barrière stylistique, SAINT JUST mêle ainsi progressif, folk et musique psychédélique, voire même un peu de classique au travers de parties de piano particulièrement inspirées.
Si un peu de batterie et de guitare électrique viennent ponctuellement placer quelques accélérations, la musique de SAINT JUST reste principalement acoustique. Les ambiances développées sont le plus souvent délicates et oniriques, comme sur le bien nommé "Dolci Momenti". Le groupe n'hésite cependant pas à incorporer quelques dissonances à son propos, par l'intermédiaire d'un saxophone le plus souvent. L'atmosphère se fait alors plus inquiétante ("Una Bambina"), voire parfois franchement étrange ("Triste Poeta di Corte"). Le dernier titre, véritable ode à la Révolution de 1789, avec chant en français, mandoline et orgue de barbarie, achève de donner un cachet unique à cet album.
Mais si l'art de SAINT JUST est unique, c'est avant tout à sa chanteuse Jane Sorrenti qu'il le doit. Le chant halluciné de la demoiselle, allié à une voix haut perchée, est véritablement hors norme. La seule référence qui vienne à l'esprit est le "Gudrun" de PIERROT LUNAIRE, lui aussi marqué par des acrobaties vocales particulièrement baroques. Bref, le genre de chant qui ne laisse personne indifférent : les uns adoreront, les autres trouveront cela insupportable et outrancier. Sans doute l'originalité est-elle à ce prix, mais pour ma part le charme opère. Pour être tout à fait complet, signalons que le frère de la chanteuse, Alan Sorrenti, vient également chanter le temps d'un titre ("Una Bambina"), lui aussi dans un style très personnel, parfois à la limite de la justesse.
SAINT JUST, pour les raisons évoquées ci-dessus, n'a jamais fait l'unanimité et ne la fera sans doute jamais : c'est là le lot commun des groupes à forte personnalité. Mais une fois le chant digéré, "Saint Just" s'avère une œuvre aussi pittoresque qu'attachante, tout à fait digne d'intérêt. Dommage que la production ait si mal vieillie, le son de la batterie étant particulièrement catastrophique.
Note : 6/10
19:25 Publié dans Chroniques de N à T | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.05.2006
CYAN - "The Creeping Vine" (1999/Angleterre) [55:38]
Dans la carrière de Robert Reed, avant MAGENTA, il y eut CYAN. Deux formations pour un style qui lui n'a jamais bougé d'un iota : du néo-progressif au symphonisme plus ou moins prononcé mais toujours haut en couleurs. Le multi-instrumentiste anglais le confesse d'ailleurs bien volontiers, l'unique différence entre ses groupes successifs réside dans le chant, féminin chez l'un et masculin chez l'autre. Du temps de CYAN, Christina Murphy, dont la fabuleuse voix est pour beaucoup dans le succès que rencontre actuellement MAGENTA, devait en effet se contenter d'assurer les chœurs. Ce qui laisse supposer le talent du vocaliste en titre d'alors, un certain Nigel Voyle.
Et de fait, notre homme a de belles qualités à faire valoir. A mi-chemin entre Peter Nicholls (IQ) et Mike Baker (SHADOW GALLERY), sa voix sied parfaitement au néo-progressif chatoyant de CYAN. La chose n'est pas si évidente que cela, car l'air de rien le groupe brasse de nombreuses influences et ses compositions affichent une belle variété. Outre les IQ et autres ARENA auxquels on pense inévitablement, d'autres noms prestigieux viennent en tête au fur et à mesure de l'écoute : ainsi "Home" doit-il beaucoup aux FLOWER KINGS alors que l'intro de "Goodbye World" renvoit au GENESIS des grands jours avec son piano à la Tony Banks. Variété également au niveau des ambiances, où le celtique "Gwenan" côtoie un "The Creeping Vine" à l'atmosphère très 'forêt amazonienne'. Variété enfin du point de vue de l'instrumentation, puisqu'aux inévitables synthésiseurs viennent ponctuellement s'ajouter de la flûte ou du saxophone par exemple.
Si Robert Reed fait un peu figure d'homme-orchestre (guitare, basse, claviers et un peu de chant), il sait également bien s'entourer. Pas moins de trois invités viennent ainsi se relayer au poste de guitariste. Parmi ceux-ci, on citera Nick Barrett, le leader de PENDRAGON, référence en matière de néo-progressif anglo-saxon s'il en est. L'album récèle ainsi quelques somptueuses parties de guitare, notamment sur "Valhala" ou le splendide final de "The River". Au travers de plusieurs soli que transparaît une autre des sources d'inspiration que revendique Robert Reed, à savoir l'immense MIKE OLDFIELD.
Injustement resté dans l'ombre, CYAN reste pourtant l'un des meilleurs groupes de néo-prog des années 90. Fort heureusement pour Robert Reed, la belle réussite de sa nouvelle formation MAGENTA devrait provoquer un regain d'intérêt pour ses œuvres passées. Car si vous aimez l'un, il y a de très grande chances que vous appréciiez l'autre tout autant.
Note : 7/10
18:45 Publié dans Chroniques de A à F | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.05.2006
BELIEVE - "Hope To See Another Day" (2006/Pologne) [55:01]
Référence polonaise en matière de néo-progressif, COLLAGE a cessé ses activités il y a bientôt dix ans de cela. Pour autant, l'âme du groupe n'a pas complétement disparu et survit encore au travers de ses anciens membres, plus actifs que jamais. La filiation est ainsi évidente pour SATELLITE, le groupe du batteur Wojtek Szadkowski, fondé au début des années 2000 et néo-prog jusqu'au bout des ongles. Elle l'est moins pour BELIEVE, la toute nouvelle formation du guitariste Mirek Gil.
Au premier abord, ce "Hope To See Another Day" n'a en effet pas grand chose à voir avec l'ancêtre COLLAGE. Les sonorités ne sont clairement plus les mêmes : relativement peu de synthétiseurs, des guitares saturées la plupart du temps, des effets sonores et une production digne d'un PORCUPINE TREE... On est bien loin du néo-progressif énergique et plein d'emphase auquel on aurait légitimement pu s'attendre. Non, le propos de BELIEVE est empreint d'une grande modernité, à cheval entre rock progressif et pop sophistiquée. D'une tonalité plutôt sombre et mélancolique, l'album balance habilement entre ambiances intimistes et passages plus heavy. Ce subtil mélange n'est d'ailleurs pas sans rappeler les italiens de MOONGARDEN, un autre excellent groupe du label Galileo, voire RIVERSIDE pour les parties les plus musclées.
Et pourtant, on retrouve chez BELIEVE un je-ne-sais-quoi qui renvoie immanquablement à la formation d'origine de son membre fondateur. Sans doute ce sentiment tient-il tout simplement aux mutliples soli de guitare qui émaillent l'album, toujours aussi limpides et pénétrants. L'occasion pour Mirek Gil de démontrer qu'il n'a rien perdu de son feeling d'antan et reste le digne héritier de Steve Rothery (MARILLION). Mais ne nous y trompons pas, les longs développements instrumentaux ne sont pas vraiment légions dans ce "Hope To See Another Day". Le chant occupe en effet une place centrale dans la musique des polonais. Or, il n'est pas sûr que la voix de Tomek Różycki fasse l'unanimité. Evoquant agréablement le chanteur de SYLVAN, Marco Glühmann, dans les passages posés, le résultat s'avère bien moins convaincant dès lors qu'il s'agit de forcer un peu. Mais le temps de se familiariser avec le style du bonhomme, et la gêne s'estompe au bout de quelques écoutes. La remarque vaut d'ailleurs pour l'album en entier : pas particulièrement accrocheur la première fois, "Hope To See Another Day" demande un certain temps avant de dévoiler toute sa richesse et ses subtilités. Mais à l'arrivée, mis à part un titre complétement raté ("Coming Down", sorte de pop ethnique fadasse), BELIEVE livre une première œuvre de grande classe.
Un dernier mot sur le groupe pour souligner la présence en son sein d'une violoniste, la japonaise Satomi, dont les interventions se révèlent particulièrement efficaces. Utilisé avec sobriété et discernement, l'instrument vient savamment décupler la tristesse et la beauté des compositions par ses mélodies envoûtantes. Une très riche idée parmi tant d'autres qui font de BELIEVE l'une des bonnes surprises de ce début d'année 2006.
Note : 6/10
14:05 Publié dans Chroniques de A à F | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.04.2006
EMERALD - "Crown of Creation" (2005/Pays-Bas) [58:02]
Dans le petit monde du progressif, décrit par d'aucuns comme vieillissant et sclérosé, l'arrivée de nouvelles têtes est toujours un petit événement en soi. Sauf que, faute de promotion digne de ce nom, un certain nombre de premiers albums passe chaque année totalement inaperçu malgré d'évidentes qualités. Dans un marché restreint mais où l'offre semble de plus en plus supérieure à la demande, ce genre d'injustices est sans doute inévitable. A charge pour le passionné que je suis d'essayer de les réparer.
Vous l'aurez compris, EMERALD fait partie de ces laissés-pour-compte qui ne manquent ni de talent ni de personnalité, seulement d'un peu de chance. Hautement mélodique et pleine de fraîcheur, la musique de ces jeunes néerlandais a en effet tout pour plaire. Privilégiant une approche résolument accessible, EMERALD mêle avec enthousiasme progressif, pop et hard rock. Les influences perceptibles sont aussi nombreuses que variées : si l'intro de "The Reverse Side of Mosquito's Battle" doit beaucoup au GENESIS de "The Battle of Epping Forest", on pense également aux BEATLES le temps de quelques ballades légères et entraînantes ("Libra Birthday Girl" ou le début de "Politician"). Le groupe ne s'interdit pas non plus quelques incursions dans des territoires plus sombres, usant de sonorités presque métal ("After Trial" et "No Straight Story"). Bref, difficile de s'ennuyer avec EMERALD !
Chanteur, compositeur et claviériste, Tom Vanrijckeghem est le cerveau, et sans doute l'âme, du groupe. Son piano, omniprésent tout au long de l'album, et surtout son chant très personnel donnent à la musique d'EMERALD une touche véritablement unique. Pour donner une petite idée, sa voix se rapproche un peu de celle de David DeFeis (VIRGIN STEELE), même si quelques intonations plus fishiennes se font entendre par moment. Sans conteste l'un des points forts du groupe. Concernant les faiblesses, on pourrait pointer des arrangements pas toujours très fouillés ou une production qui manque parfois de profondeur, mais il ne s'agit là que de petits défauts de jeunesse que l'on excusera bien volontiers.
"Crown of Creation" devrait séduire les personnes à la recherche d'une musique décomplexée à la A.C.T., entre rock progressif et pop enjouée. Un premier album original et plein de promesses qui fait d'EMERALD l'une des révélations de l'année 2005. A suivre de très près.
Note : 7/10
11:25 Publié dans Chroniques de A à F | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.04.2006
LEAVES' EYES - "Vinland Saga" (2005/Norvège) [45:41]
Le nom et la pochette ne laissent aucun doute sur la chose, LEAVES' EYES est un groupe tout à la gloire de la belle Liv Kristine Espenæs. Désireuse de faire oublier les atermoiements électro des derniers THEATER OF TRAGEDY, sa formation d'origine, la chanteuse renoue ici avec le genre qui a fait son succès : le métal gothique. C'est donc à un "Vinland Saga" en forme de retour aux sources que l'on a affaire, impression d'ailleurs renforcée par la thématique de l'album. La norvégienne a en effet choisi de nous conter l'épopée de ses ancêtres les vikings, partis à la conquête du Nouveau Monde plusieurs siècles avant Christophe Colomb.
En toute logique, le chant occupe une place prépondérante dans la musique de LEAVES' EYES. Avec une vocaliste de la qualité de Liv Kristine, le contraire eut d'ailleurs été un crime. Surtout que cette dernière a considérablement étoffé son registre depuis ses débuts. Un poil monotone du temps de "Aégis", opus de la consécration avec THEATER OF TRAGEDY, le style de la dame pouvait lasser sur la longueur d'un album. Les choses ont bien changé depuis, et ses lignes vocales beaucoup gagné en variété. La belle n'hésite plus désormais à chasser sur les terres de ses concurrentes, douce comme une Sharon Den Adel ou lyrique à la Tarja Turunen. Les noms de WITHIN TEMPTATION et NIGHTWISH reviennent d'ailleurs très souvent en tête à l'écoute de ce "Vinland Saga". Au premier, LEAVES' EYES emprunte les ballades somptueuses ("Leaves' Eyes", "Mourning Tree") et les arrangements symphoniques ; au second la puissance des guitares et l'inspiration mélodique ("Solemn Sea", "Twilight Sun").
Pour mener à bien son entreprise, Liv Kristine s'est entourée des membres du groupe allemand ATROCITY. Sans être des cadors, ceux-ci s'acquittent parfaitement de leur tâche, tissant avec application l'écrin sonore sur lequel la chanteuse pose sa voix d'ange. Alexander Krull, leader d'ATROCITY – et mari de la dame, pour la petite histoire –, vient également prêter son chant death le temps de quelques duos ("The Thorn", "New Found Land"). Le coup de la belle et la bête est certes un peu téléphoné, mais diablement efficace. L'album est d'ailleurs un peu à l'image de ce constat : difficile d'y déceler une quelconque originalité, quelques touches folk mis à part peut-être, mais l'exécution est redoutable et les mélodies font mouche.
Avec ce second album, LEAVES' EYES arpente donc les chemins bien balisés du métal gothique, plus ou moins atmosphérique et/ou symphonique. Fort heureusement la qualité est au rendez-vous, la variété des ambiances et surtout la voix sublime de Liv Kristine faisant ici la différence. Un must dans le genre, alors pourquoi s'en priver ?
Note : 7/10
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